Paysages et transfiguration

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Longtemps, croyant que le mérite essentiel d’un photographe en quête d’une cohérence avec lui-même était de mettre en évidence son utopie, je me laissais glisser dans mes rêves éveillés vers une singulière exaltation, un labyrinthe intérieur, un dédale d’ombre et de lumière. J’étais rompu par les faux-semblants du monde de la mode et las d’être tourmenté par les doutes nés de mon activité de photographe commercial.

Nourri par le classicisme en photographie, mais attiré par l’audace de la modernité, j’avais le pressentiment de m’apprêter à vivre une aventure intime et peu commune ; je m’inventais alors une saison improbable, au vent subtil et à la fraicheur constante, où cette lumière crépusculaire serait éternelle.

J’ai traversé des paysages ténébreux aux ombres menaçantes et des villes silencieuses aux perspectives fantomatiques. Au travers d’un brouillard sournois, il y a des êtres discrets, peut-être au lourd passé diabolique, figures allégoriques dans ces lieux pourtant réels. J’avais là une façon de me retrouver seul face à moi-même et, d’une certaine manière, de rester pur et d’éviter d’être souillé par la conscience, les remords et les illusions de la moralité.

Mon approche photographique n’est pas une exploration de concepts. Mon but est d’atteindre par cette démarche un niveau de non pensée et de méditation qui me permettrait d’évoquer un espace visuel mental. Soumis à mon imaginaire, capable dès lors de fuir l’authenticité des choses, je me fais voile du réel et là s’opère, par-delà mon univers intérieur, un singulier dédoublement de ma personne.

Une part d’abstraction s’impose au visible et me pousse à l’acte photographique. Mon regard se soustrait à la réalité, se confond avec mon univers intérieur et n’obéit qu’à une seule règle : le discernement d’une vision formelle d’un espace en devenir où l’atmosphère s’alourdit d’une tragique vacuité. Un axe s’impose, des lignes de fuite se tracent.

Soumis à mon imaginaire, capable de fuir l’authenticité des choses, je me fais voile du réel et là, s’opère par-delà mon univers personnel, un singulier dédoublement de mon esprit.

Alors plongé dans le silence de mon voyage intérieur, je me surprends à me regarder

Philippe Ciaparra,
Paris, le 20 octobre 2017