D’un univers intérieur…

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Dans mes souvenirs, j’ai toujours été fasciné par le moment précis où une part d’abstraction nécessaire s’impose au réel et me pousse à l’acte photographique. Cela naît sans m’avertir ; mon regard se soustrait au réel, se confond avec mon univers intérieur.

Dans les photographies présentées ici, j’essaie de donner forme à l’essentiel de ce monde aux thèmes récurrents. Que je pose mon regard sur un site urbain ou un paysage rural, ce moment apparaît lorsque la sensation de plénitude visuelle se fait ressentir au plus fort de moi. Un cadre s’impose, une lumière grise et diffuse, une composition se dessine. Par moments, le sujet est placé au centre du cadre sans pour autant oublier ce qui l’entoure, afin de lui donner un sens.

Si les lieux que je photographie sont vides d’humanité, ils sont, peuvent ou auraient pu être habités. Si bien qu’absente, la présence humaine est de l’ordre du possible juste avant ou après, ou encore dans un proche hors-cadre indéfini. Pour chacune de ces photographies, je me retrouve dans une correspondance de lumière, d’un éventail de nuances aussi large que possible, baignant tantôt dans une ambiance urbaine, au travers d’un ensemble d’immeubles modernes, d’espaces de jeux isolés, tantôt rurale, grâce à la perspective donnée par l’emplacement d’un arbre ou la ligne de fuite esquissée par une brindille sauvage. Autant de moyens par lesquels je cherche à exprimer ce à quoi l’être humain n’échappe pas : la solitude et, dans l’essence, l’infini.

Mon approche photographique n’est pas une exploration de concepts. Mon but est d’atteindre par cette démarche un niveau de non pensée et de méditation qui me permettrait d’évoquer un espace visuel mental. Soumis à mon imaginaire, capable dès lors de fuir l’authenticité des choses, je me fais voile du réel et là s’opère, par-delà mon univers intérieur, un singulier dédoublement de ma personne.

Ainsi, je me surprends à me regarder…

Philippe Ciaparra,
Paris, le 30 mai 2009